Tensioactifs et cosmétiques maison : le guide

Tensioactifs et cosmétiques maison : le guide

Tensioactif... un mot qui fait peur pour désigner un ingrédient néanmoins indispensable à nos cosmétiques maison. On vous explique tout :)

À quoi sert un tensioactif ?

Parlons tout d’abord de mayonnaise si vous le voulez bien... oui, ça peut paraître hors-sujet mais patientez, vous allez comprendre.
Qui n’a jamais raté sa précieuse mixture et obtenu un mélange liquide tout juste bon à aller à la poubelle ? Et bien oui, la mayonnaise est avant tout une histoire de tensioactif.

Un tensioactif (ou agent de surface) est une molécule qui a pour but de lier deux liquides qui d’habitude ne se mélangent pas, comme l’eau et l’huile par exemple. Afin de pouvoir intégrer une huile végétale dans de l’eau, il est donc impératif d’utiliser un tensioactif sinon le mélange se séparera en deux phases très rapidement.

Ça, c'est pour la version simple. Pour la minute scientifique, c'est maintenant.

Partons de l’origine de ce mot : tensio-actif. Par définition, cette molécule est donc active sur la tension de surface. Autrement dit, la tension de surface exprime la force à la surface de tout liquide ou solide. Pour mieux visualiser la tension de surface; c’est elle qui permet à une goutte d’eau de ne pas s’écraser sur une surface, ou encore à certains insectes de marcher sur l’eau. Plus l’énergie de surface du support d’une goutte d’eau est forte (c’est le cas du verre par exemple), plus celle-ci va être attirée par la surface et s’écraser.

Pour mieux illustrer l’impact de cette force voici quelques schémas explicatifs

tension de surface goutte d'eau

Un tensioactif va agir sur cette tension de surface grâce à sa structure. On dit de la molécule tensioactive qu’elle est amphiphile, c’est-à-dire qu’elle est constituée d’une partie hydrophile (ayant une affinité avec l’eau) et d’une autre partie hydrophobe (ou lipophile, ayant donc une affinité avec l’huile). 

schéma molécule tensioactive

Un tensioactif va donc permettre à deux solutions non miscibles (qui ne se mélangent pas) de se mêler l’une à l’autre.

Revenons à notre mayonnaise : il n’est pas rare de voir une couche d’huile flotter au-dessus de notre mélange maison. Sans tensioactif, la même chose se produirait avec les savons, crèmes, shampoings etc.

 

Quels sont les différents types de tensioactifs ?

Comme pour les huiles, il existe une multitude de tensioactifs classés en quatre catégories selon la charge qu’ils portent. En effet, une molécule tensioactive peut posséder différentes charges :

  • une charge négative : ce sont les tensioactifs anioniques. Du fait de leur fort pouvoir moussant et détergent, ils sont utilisés pour les produits nettoyants comme les shampoings ou les gels douche. Cependant, leur pouvoir nettoyant est souvent irritant.
  • une charge positive : ils sont appelés tensioactifs cationiques. Très utiles dans les conditionneur capillaires, ils ont une affinité avec la kératine composant le cheveux et forment un film lisse qui apporte de la brillance et facilite le démêlage.
  • une charge positive et une charge négative : ce sont les tensioactifs amphotères, ils sont cependant moins efficaces dans la solubilisation que les autres catégories de tensioactifs. 
  • pas de charge : on les appelle tensioactifs non ioniques. Ils sont biodégradables et permettent de fabriquer des produits de soin bien tolérés par la peau. Peu moussants lorsqu’ils sont utilisés en shampoing, il faut attendre 2 ou 3 minutes avant de rincer le produit.

 

comparatif tensioactifs

Comment utiliser les tensioactifs dans nos cosmétiques maison ?

On peut alors se demander comment se répartissent les tensioactifs dans nos cosmétiques maison. Cela dépend évidemment du type de formulation et du tensioactif utilisé : les émulsions seront différentes s’il s’agit d’un shampoing ou d’une crème hydratante par exemple. En gros, on catégorise 2 types d’émulsions formées par les tensioactifs :

  • les émulsions huile dans eau : c’est l’huile qui est piégée sous forme de gouttelettes dans l’eau.
  • les émulsions eau dans huile : l’eau est alors piégée sous la même forme de gouttelettes dans l’huile.

L’arrangement sous forme de gouttelettes est possible grâce à une structure spécifique des molécules tensioactives appelée micelle.

micelles

La micelle permet d’emprisonner l’huile ou l’eau en petites quantité : en effet, la taille d’une micelle est de l’ordre du micromètre. Dans une émulsion, un très grand nombre de micelles se forment afin de solubiliser toute l’huile dans l’eau ou toute l’eau dans l’huile. C’est pour cela que la quantité de tensioactif est importante : s’il n’y a pas assez de molécules surfactantes, les micelles ne pourront pas se former et le produit cosmétique formera deux phases, il sera instable).

Afin d’illustrer davantage les deux types d’émulsions, voici une représentation schématique : 

schéma émulsion cosmétiques maison

 

Dans la mayonnaise c’est le jaune d’oeuf qui joue le rôle de tensioactif car il contient de la lécithine, permettant de lier le vinaigre et l’huile. On préconise alors d’ajouter l’huile très lentement pendant une vive agitation afin de la fractionner en petites gouttelettes et ainsi permettre à la lécithine de former des micelles. Il est plus évident de former des particules microscopiques en partant d’une goutte d’huile plutôt que de tout verser d’un coup. De plus, la lécithine recouvre plus facilement l’huile lorsqu’elle est encore en grande quantité.

Maintenant, plus d’excuses, la mayonnaise est maîtrisée !

 

Comment sont fabriqués les tensioactifs ? 

Ces molécules sont fabriquées synthétiquement en industrie chimique ou bien extraites naturellement. Cependant dans la plupart des cas, c’est la synthèse chimique qui est réalisée. 

Elle consiste à assembler une molécule hydrophile qui va former la tête du tensioactif avec une molécule hydrophobe qui formera la queue. La queue est formée de corps gras d’origine végétale chez les tensioactifs les plus naturels tandis que la tête est souvent formée à partir de sucres ou d’alcools. Il faut garder à l’esprit que même les tensioactifs les plus naturels sont parfois élaborés à partir d’huile de palme. Leur biodégradabilité est également à prendre en compte car ils peuvent menacer fortement la vie marine de nombreuses espèces végétales et animales.

 

Les tensioactifs à éviter

  • Les sulfates

  • Sodium Laureth Sulfate : en jetant un oeil à vos bouteilles de shampoings et autres gels douche il n’est pas rare de le rencontrer. Et pour cause : il est le premier tensioactif utilisé dans ce type de produit en combinant près de 95% de produits conventionnels. Il est également le plus irritant. Il peut en effet fragiliser la peau et la rendre perméable à d’autres substances nocives. Il est obtenu par un procédé très polluant (éthoxylation).
  • Sodium Lauryl Sulfate : aussi voire plus irritant que le précédant, il n’est cependant pas élaboré par éthoxylation.
  • Sodium Coco Sulfate : malgré son joli petit nom qui pourrait faire penser à un produit doux et naturel, il n’en est rien ! Fabriqué à partir d’Huile de Coco, il est moins irritant que le Sodium Laureth Sulfate mais n’en reste pas moins très proche et possède les même propriétés asséchantes et fragilisantes.
  • Ammonium Lauryl Sulfate : autorisé en bio, il n’en est pas moins élaboré avec le même procédé polluant que le SLES, il est également irritant.
  • Sodium Lauryl Sulfoacetate
  • Sodium Myreth Sulfate
  • Les PEG

Polyéthylène glycol, ils sont quant à eux des polymères obtenus par procédé chimique lourd pour l’environnement, car ils nécessitent l’utilisation de gaz toxiques. D’autre part, ils sont non biodégradables. On les retrouve sous le nom “PEG - suivi d’un chiffre”, ils sont également soupçonnés d’être cancérigènes.

  • Les ammoniums quaternaires 

On reproche aux ammoniums (poly)quaternaires d’être légèrement irritants pour la peau et partiellement ou pas du tout biodégradables. Ils sont repérables car ils terminent par les suffixes -chloride, -bromide, ou -monium : Behentrimonium chloride, Cetrimonium choride, Hydroxypropyltrimonium chloride, BTMS (Alcool cétéarylique et behentrimonium methosulfate), CTAC (Cetyl triméthyl ammonium chlorure), etc.

  • Tensioactifs fabriqués à partir d’huile de palme

Repérables grâce au radicale palm dans la plupart des tensioactifs sodium palmate, Sodium Palm Kernelate...

 

Les tensioactifs à adopter :

  • Coco-glucoside : obtenu à partir de coco et de sucre, ce tensioactif est très doux pour la peau et les cheveux. Il est de type non-ionique et a donc la propriété de faciliter le démêlage des cheveux.
  • SCI - sodium cocoyl isethionate : tensioactif anionique doux, la peau le tolère très bien et il donne une texture crémeuse à la mousse des shampoings solides notamment.
  • Sodium Cocoyl Glutamate : d’origine naturelle, c’est un tensioactif non ionique doux convenant très bien au nettoyage des peaux sensibles.
  • Sodium Cocoamphoacetate : tensioactif amphotère, d’origine chimique il reste néanmoins très doux et une très bonne alternative au redoutable Sodium lauryl sulfate.
  • Decyl Glucoside : tensioactif non ionique à très bon pouvoir moussant, il est également biodégradable. Il est fabriqué à partir de glucose (sucre) et de noix de coco, il est donc très bien adapté aux peaux sensibles.

Liste non exhaustive.

 

Voilà, vous savez tout sur les tensioactifs !

 

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